1736[1].
En ce temps, où chacun se plaint que l'argent est rare, c'est une bonne action que d'enseigner à ceux qui sont sans argent la manière de garnir leurs poches. Je leur ferai connaître le vrai secret d'attraper de l'argent, la façon de remplir les bourses vides, et de les garder toujours pleines. Deux règles simples bien observées feront toute l'affaire.
La première : Que l'honnêteté et le travail soient toujours tes compagnons.
La seconde : Dépense un sou de moins que ton bénéfice net.
Alors ta poche si plate commencera à enfler et ne criera plus jamais qu'elle a le ventre vide. Les créanciers ne t'insulteront plus, le besoin ne se fera pas sentir, la faim ne te mordra plus, la nudité ne te gèlera plus. Le monde entier sera plus brillant, le plaisir jaillira dans tous les coins de ton cœur. Suis donc ces avis et sois heureux.
Bannis de ton esprit les vents glacés du chagrin, et vis indépendant. Alors tu seras un homme, tu ne cacheras pas ton visage à l'approche du riche, tu ne te sentiras point humilié quand les fils de la fortune marcheront à ta droite, car l'indépendance, qu'elle soit petite ou grande, est une bonne fortune, et te place sur le même rang que les plus fiers de la toison d'or. Oh ! Alors sois sage, que le travail marche avec toi dès le matin, et te suive jusqu'à ce que tu atteignes l'heure du soir pour ton repos.
Que l'honnêteté soit comme le souffle de ton âme, et n'oublie jamais d'avoir un sou quand toutes tes dépenses sont comptées et payées, alors tu auras atteint le comble du bonheur; l'indépendance sera ta cuirasse, ton bouclier, ton casque et ta couronne; alors ton âme marchera droite, tu ne te courberas pas devant le faquin vêtu de soie, parce qu'il a la richesse, tu ne dévoreras pas non plus un affront, parce que la main qui l'inflige porte une bague en diamants.
Benjamin FRANKLIN (1706-1790)[1] Il est douteux que cette pièce soit de Franklin. C'est son esprit, mais ce n'est pas son style. (ndt. de l'édition française de 1872) [<-]