Règles pour un club d'amélioration mutuelle.

1728[1]

Questions auxquelles on répondra avant d'ouvrir la séance.

Avez-vous lu ce matin les questions suivantes pour voir ce que vous en pourriez dire à la Junte ?

1.) Dans le dernier auteur que vous avez lu, avez-vous trouvé quelque chose de remarquable, ou de nature à être communiqué à la Junte ? Particulièrement en histoire, en morale, en poésie, en médecine, en voyages, en industrie, en science ?

2.) N'avez-vous pas entendu dernièrement quelque histoire nouvelle, et agréable à raconter en conversation ?

3.) Quelque citoyen de votre connaissance a-t-il fait récemment de mauvaises affaires, et quelle cause en donne-t-on ?

4.) Avez-vous entendu parler récemment de quelque citoyen qui réussît dans ses affaires, et des moyens qui le font réussir ?

5.) Vous a-t-on dit depuis peu comment une personne riche, ici ou ailleurs, s'y est prise pour faire fortune ?

6.) Connaissez-vous un de vos concitoyens qui vienne de faire une bonne action, digne de louange et d'imitation, ou qui vienne de commettre une faute qui puisse nous servir de leçon ?

7.) Dites-nous ce que, dans ces derniers temps, vous avez vu, ou entendu dire des malheureux effets de l'intempérance, de l'imprudence, de la passion, ou de tout autre vice ou folie ?

8.) Avez-vous remarqué d'heureux effets de la tempérance, de la prudence, de la modération, ou de quelque autre vertu ?

9.) Vous ou quelqu'une de vos connaissances, avez-vous été récemment malade, ou blessé ? En ce cas, quels remèdes avez-vous employés, quels en ont été les effets ?

10.) Connaissez-vous quelqu'un qui fasse prochainement un voyage sur terre ou sur mer, et qu'on puisse, au besoin, charger de commissions ?

11.) Avez-vous l'idée de quelque chose qui permette aux membres de la Junte de rendre service à l'humanité, au pays, à leurs amis, ou à eux-mêmes ?

12.) Quelque étranger de mérite est-il arrivé dans la ville, depuis notre dernière réunion ? Que dit-on ou que savez-vous de son caractère et de son mérite ? Pensez-vous qu'il soit au pouvoir de la Junte de l'obliger ou de l'encourager ?

13.) Connaissez-vous quelque honnête commerçant qui vienne de s'établir, et que la Junte puisse encourager ?

14.) Avez-vous remarqué dans les lois de votre patrie quelque défaut dont il serait bon de demander la correction à la législature. Connaissez-vous quelque loi bonne qui nous manque ?

15.) Avez-vous remarqué dernièrement quelque empiétement sur les justes libertés du peuple ?

16.) Quelqu'un a-t-il attaqué votre réputation ? Que peut faire la Junte pour la défendre ?

17.) Y a-t-il quelque personne dont vous désiriez l'amitié ? Quelqu'un des membres de la Junte peut-il vous l'obtenir ?

15.) A-t-on attaqué devant vous le caractère de quelque membre de la Junte ? Comment l'avez-vous défendu ?

19.) Quelqu'un vous a-t-il fait tort ? Est-il au pouvoir de la Junte de vous procurer une réparation ?

20.) De quelle façon la Junte, ou quelqu'un de ses membres, peuvent-ils vous assister en d'honorables projets ?

21.) Avez-vous en vue quelque importante affaire, où les conseils de la Junte puissent vous être utiles ?

22.) Quel bienfait avez-vous reçu dernièrement de quelque personne, qui ne soit pas présente ici ?

23.) Y a-t-il quelques points difficiles en matière d'opinion, de justice, ou d'injustice, que vous seriez bien aise de voir discuter aujourd'hui ?

24.) Dans les usages, ou procédés de la Junte, voyez-vous quelque défaut à corriger ?

Avant d'être reçu dans la Junte, le candidat se lèvera, mettra sa main sur sa poitrine, et répondra aux questions suivantes :

1.) Avez-vous quelque prévention particulière contre aucun des membres de la Junte ? Réponse. Je n'en ai point.

2.) Déclarez-vous en toute sincérité que vous aimez les hommes en général, quelle que soit leur profession ou leur religion ? Réponse. Je le déclare.

3.) Pensez-vous que pour des opinions purement spéculatives, ou pour la forme du culte, on ne puisse inquiéter personne dans son corps, sa réputation ou ses biens ? Réponse. Non.

4.) Aimez-vous la vérité pour elle-même, voulez-vous la rechercher sincèrement, l'adopter pour vous, et la communiquer aux autres ? Réponse. Oui.

Benjamin FRANKLIN (1706-1790)

Note :

[1] Ce club était la Junte, dont il est question dans les Mémoires, chap. V; et qui, quarante ans plus tard, forma le noyau de la Société philosophique américaine. Il nous est resté le titre de quelques-unes des questions discutées dans la Junte; on y reconnaît l'esprit curieux et pratique de Franklin. Par exemple : Le son est-il une entité ou un corps ? - L'intérêt personnel est-il le gouvernail qui mène l'humanité, le monarque dont nous sommes tous tributaires ? - Y a-t-il une forme de gouvernement qui convienne à tous le peuples ? Le papier-monnaie n'est-il pas dangereux ? - L'objet de la philosophie est-il de déraciner les passions ? - Comment empêcher les cheminées de fumer ? - Pourquoi la flamme d'une chandelle monte-t-elle en spirale ? - Qu'est-ce qui est le moins criminel ? Une mauvaise action jointe à une bonne intention ou une bonne action faite avec mauvaise intention ? - Dans un libre gouvernement, les principes de la liberté permettent-ils de punir comme libelliste un homme qui dit la vérité ? Jared Sparks (Works of Franklin, t. II, p.9) (ndt. de l'édition française de 1872).[<-]

Numérisé et édité en HTML par JM Leloup pour nouveau-monde.org, à partir de la traduction de E. Laboulaye. Extrait des Essais de Morale et d'Economie Politique (3e. Ed., Hachette, Paris, 1872).

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