Avis nécessaire à ceux qui veulent faire fortune.

1736.

Tout l'avantage de l'argent est dans l'usage qu'on en fait.

Pour six livres sterling par an, vous pouvez avoir l'usage de cent livres, pourvu que vous soyiez un homme d'une prudence et d'une honnêteté reconnues.

Celui qui dépense inutilement huit sous par jour, dépense inutilement plus de six livres sterling par an, ce qui est l'intérêt auquel on vous prête cent livres.

Celui qui gaspille la valeur de huit sous de son temps par jour, l'un dans l'autre, perd le privilège d'avoir tous les jours cent livres à sa disposition.

Celui qui perd par négligence une valeur de temps de cinq shillings, perd cinq shillings et ferait tout aussi sagement de jeter cinq shillings à la mer.

Celui qui perd cinq shillings, non seulement perd cette somme, mais tout le profit qu'il en pourrait tirer dans le commerce; ce qui, dans l'espace de temps qui s'écoule entre la jeunesse et la vieillesse pourrait monter à une somme considérable.

En outre, celui qui vend à crédit demande pour l'objet qu'il vend un prix équivalent au principal et à l'intérêt de son argent pour le temps qu'il ne le fera pas valoir; c'est pourquoi celui qui achète à crédit paye l'intérêt de ce qu'il achète, tandis que celui qui paye comptant pourrait économiser et placer cet argent; ainsi celui qui possède une chose qu'il a achetée paye un intérêt pour l'usage qu'il en fait.

Toutefois en achetant il est mieux de payer comptant, parce que celui qui vend à crédit s'attend à perdre cinq pour cent, par les mauvais payeurs; c'est pourquoi il charge le prix de tout ce qu'il vend à crédit afin de prévenir une perte probable.

Ceux qui achètent à crédit subissent cette augmentation de prix.

Celui qui paye comptant échappe ou peut échapper à cette augmentation de prix.

Un sou économisé en vaut deux.

Une épingle économisée chaque jour, c'est huit sous de gagné par an.

Benjamin FRANKLIN (1706-1790)

Numérisé et édité en HTML par JM Leloup pour nouveau-monde.org, à partir de la traduction de E. Laboulaye. Extrait des Essais de Morale et d'Economie Politique (3e. Ed., Hachette, Paris, 1872).

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